Création de l’« Association pour la création d’un lycée de jeunes filles à Luxembourg »
Éducation – Lycée pour filles
La création d’un lycée pour filles constituait l’objectif principal du Verein für die Interessen der Frauen. Dans un communiqué du 14 octobre 1906, Aline Mayrisch expliquait ainsi la nécessité d’une telle école :
« Il faut (...) tenir compte du fait que nos jeunes filles ont également le droit de réclamer une éducation correspondant aux exigences de la modernité. Elles ne doivent pas rester, comme jusqu’ici, dans une infériorité notoire par rapport aux femmes d’autres pays. L’État comme la ville ont le devoir de créer un établissement supérieur permettant aux parents de toutes confessions d’assurer à leurs filles une formation dans tous les métiers accessibles aux femmes. » (S. 86)
Pour Aline Mayrisch, l’éducation des filles était une priorité. Elle considérait comme une injustice majeure le fait que les jeunes filles étaient privées non seulement de l’accès à l’université, mais aussi de toute possibilité de participer pleinement à la vie professionnelle.
Opposition
La création du lycée pour filles ne bénéficia pas seulement de soutien. Ses détracteurs dénonçaient rapidement ce projet comme immoral et évoquaient la concurrence impitoyable dans les études ainsi que les salaires inférieurs des hommes diplômés. Leur principal argument contre la réalisation du lycée reposait sur la « vocation naturelle de la femme » :
« La vraie vocation de la femme est le mariage, avec les devoirs qu’il impose à l’épouse et à la mère de famille. »
De plus, le Katholischer Frauenbund, fondé sous la direction du père Frédéric Lech, s’opposa fortement au projet et recueillit des signatures contre la création du lycée. L’association envoya également une lettre au conseil communal de la ville de Luxembourg, accusant le Verein für die Interessen der Frauen de vouloir dispenser aux filles une éducation athée. (S. 87 88)
Même la presse conservatrice s’opposa à la nouvelle école et avertit les parents :
« Qui pourrait croire que les métiers de juristes, médecins, enseignantes supérieures ou pharmaciens pourraient être choisis avec succès par nos jeunes filles ? Et les carrières administratives, déjà si encombrées de candidats ! Ne serait-ce pas éveiller des espoirs irréalisables, de pousser nos jeunes filles vers des études longues et exigeantes ? Un père de famille raisonnable consentirait-il à de telles illusions et bâtirait-il l’avenir de son enfant sur un terrain si incertain ? » (S. 88)
Photo du Lycée Robert Schuman (à choisir au CNL / Archives – demande de reproduction à effectuer auprès d’eux)
Création de l’« Association pour la création d’un Lycée de jeunes filles »
Malgré les oppositions, Aline Mayrisch et le Verein für die Interessen der Frauen ne se laissèrent pas décourager. En collaboration avec le Volksbildungsverein, dirigé par l’enseignante Anna Schultz pour améliorer l’éducation des filles, naquit l’Association pour la création d’un Lycée de jeunes filles. Cette association compta rapidement 288 membres.
En mai et août 1909, l’association présenta au ministre de l’Éducation Mathias Mongenast le programme détaillé. L’autorisation d’ouvrir les cours fut accordée sous certaines conditions :
Assumer la responsabilité matérielle et morale
Structurer un enseignement similaire aux standards existants
Engager exclusivement du personnel qualifié
Prouver dans les trois ans la nécessité de l’école
Après seulement un an, le lycée rencontra un succès immédiat : 36 filles s’étaient inscrites. Le lycée fut financé privément par Aline Mayrisch, et 8 professeurs furent recrutés pour le projet, dont Joseph Tockert, Nik Werveke et Nik Welter. Les premières enseignantes furent Marie Speyer et Anne Beffort.
Un problème subsista avec l’Église : l’évêque Koppes souhaitait s’assurer que l’enseignement serait neutre, c’est-à-dire non religieux. (S. 91)
En 1911, le lycée pour filles fut ouvert dans la ville et également à Esch. Il fut nationalisé, mais le principe de l’égalité de formation entre garçons et filles ne fut pas pleinement respecté : l’enseignement féminin restait basé sur les rôles sociaux traditionnels attribués aux femmes.