Egalité au Luxembourg (petit excursus)
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Nationalisation et reculs
Peu de temps après, un lycée pour filles ouvre également ses portes à Esch-sur-Alzette. Les deux lycées sont nationalisés en 1911 dans le cadre d’une nouvelle loi. Cette loi prévoit certes que les filles aient accès à une éducation supérieure, mais pas équivalente à celle des garçons : l’enseignement féminin reste adapté à des rôles sociaux traditionnels et genrés. Les matières au programme comprennent travail manuel, économie domestique et soins aux enfants, tandis que les mathématiques sont réduites au minimum et que le latin n’est enseigné qu’à partir de la 10ᵉ classe.
En plus de vouloir limiter les revendications excessives des féministes, l’État justifie cette orientation ainsi :
« Si l’État a le devoir, d’un côté, de soutenir les aspirations légitimes de la femme, victime de l’évolution sociale qui a troublé la vie paisible de son foyer, il a, de l’autre, l’obligation de sauvegarder le rôle providentiel de la femme en canalisant le mouvement afin d’écarter ou, du moins, d’atténuer autant que possible ses extravagances et effets dangereux. (…) Si, d’un côté, la loi tend à offrir aux jeunes filles les moyens d’éducation nécessaires pour remplir le nouveau rôle social qui leur est dévolu, elle tend, de l’autre, à les préserver des dérives liées aux revendications ambitieuses des féministes transcendantes. » (S. 92)
Il faudra attendre le 10 mai 1968 pour qu’une loi de réforme permette l’enseignement mixte avec les mêmes possibilités d’éducation pour les garçons et les filles.
Beaucoup de changements se sont produits rapidement, ébranlant les fondements de la société. Cependant, Aline Mayrisch n’était pas pleinement satisfaite des résultats obtenus : les questions d’inégalités salariales et de coutumes sociales profondément enracinées restaient d’actualité. Elle regrettait également que l’éducation reproduise trop souvent des modèles stériles. Malgré tout, le message central restait positif :
« Mais quel qu’il soit, quelles que puissent être ses tares et ses manques, le lycée des filles représente un grand progrès par rapport au passé, un pas décisif vers une répartition plus juste de l’instruction. » (S. 94)
Il ne faut surtout pas oublier, dans ce contexte, les premières initiatives très modestes en faveur du droit de vote universel, qui étaient encore jugées trop prématurées par les membres de l’association à l’époque. Cependant, ces actions ont posé les bases d’une participation féminine plus active aux processus politiques et sociaux.